[II] A DDU, on surveille la couche d’ozone

Salut à tous !

On se retrouve alors que la fin de l’hivernage approche pour nous, le premier bateau est prévu pour début novembre. En attendant la fin de notre isolement, on croirait que le temps est suspendu ici, parfois il nous semble que ces 8 derniers mois sont passés en un éclair et parfois, en une éternité !

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Au milieu de nulle part : DDU.

En tout cas je trouve enfin le temps de vous rédiger cet article promis depuis longtemps. Vous aurez ainsi un aperçu de mon quotidien et de la nature de mon travail à DDU. Cet article est complémentaire au précédent, prenez le temps de le relire si nécessaire !

Mon quotidien :

Tous les jours, je commence par … regarder les prévisions météo de la nuit à venir. En effet, les mesures de surveillance des PSC ne peuvent se faire que lorsque le ciel est complètement dégagé. La raison est simple, nous souhaitons étudier des nuages qui se trouvent à des hautes altitudes, alors tous ceux qui sont en dessous nous empêchent de « voir » correctement les PSC.

D’autre part l’instrument que j’utilise, un LIDAR (LIght Detection And Ranging) atmosphérique, s’utilise uniquement de nuit (voir le paragraphe sur ci-dessous concernant la réception). Vous pouvez considérer qu’il s’agit d’un RADAR mais qui utilise de la lumière. Il existe beaucoup d’autres applications de cet instrument, que vous pouvez facilement trouver sur internet.

Plan de la base :

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Ensuite, si les conditions le permettent je me rends au bien nommé « Shelter Lidar », qui abrite ma salle de manip. Sinon je travaille au bureau sur l’analyse des données LIDAR récoltées ces dernières années.

Le shelter vu de dehors :

Et à l’intérieur :

J’allume alors les équipements de mesure et je lance les logiciels de surveillance des données. Tout au long de la nuit ( entre 2h et 14h selon l’époque de l’année ), je surveille l’évolution des mesures et je vérifie qu’elles sont correctes. En parallèle je peux continuer mon travail de bureau, quand tout va bien, le LIDAR fonctionne sans mon intervention ! Régulièrement, les conditions météos se dégradent et je dois interrompre les mesures, et parfois, des incidents techniques peuvent survenir…

Comment fonctionne le LIDAR ?

L’instrument est divisé en deux blocs distincts : la partie dite d’émission, et celle de réception.

L’émission est assurée par un laser vert, qui traverse les différentes couches de l’atmosphère jusqu’à celles qui nous intéressent, entre 15 et 30 km d’altitude. Cette lumière monochrome, puissante et uni-directive à la propriété d’interagir avec les particules présentes dans l’atmosphère. Lors de ces interactions, les particules nous renvoient au sol un signal lumineux qui est différent selon les propriétés de la particule.

Le laser sur le banc de manip :

A la réception, un télescope concentre la lumière renvoyées par les particules avec lesquelles le laser à interagi. Il l’envoie ensuite à un ensemble de détecteurs et à des ordinateurs qui permettent la visualisation et l’interprétation des mesures en temps réel. Les détecteurs utilisés sont sensibles à de très faibles quantités de lumière, s’ils sont sur-éclairés, ils sont rapidement hors-service. Donc les mesures n’ont lieu que de nuit, et tant mieux car ici elles sont très belles !

Le télescope

La sortie du laser et l’entrée du télescope se font par des ouvertures dans le toit du shelter, protégées par des trappes. Nous récupérons ainsi plusieurs types d’informations sur les particules de polluants atmosphériques :

  • l’altitude à laquelle se trouvent les particules.
  • les propriétés de taille et de forme des particules.
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Les trappes sur le toit du shelter

 Le métier de LIDARiste à DDU

Le poste de LIDARiste (ou encore d’opto-électronicien), est une mission d’instrumentation scientifique d’un an, dans les domaines de l’optique et de l’électronique.  Il s’agit d’un poste de type « Volontaire Service Civique », les mesures s’effectuant de nuit, le LIDARiste travaille avec un rythme biologique opposé à celui du reste de la base pendant l’hiver. Ce poste a pour vocation d’assurer la récupération et le traitement de données climatiques cohérentes sur plusieurs dizaines d’années. Le laboratoire de recherche qui mène les activités LIDAR à DDU s’appelle le LATMOS (Laboratoire de l’Atmosphère et d’Observation Spatiale). La station LIDAR de DDU appartient à un réseau de mesures atmosphériques mondial, regroupé sous l’acronyme NDACC (Network for the Detection of Atmospheric Composition Change).

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Sortie du laser lors d’une nuit de mesure 

 

A bientôt pour un article plus ensoleillé j’espère,

LIDARement,

Anne-Gaëlle.

 

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[I] À DDU, on surveille la couche d’ozone.

Bonsoir à vous, amis du pôle sud !

Ce soir, je vais vous raconter en quoi consiste mon travail  sur la base de Dumont D’Urville. Rassurez-vous je ne vais pas me livrer à un exposé scientifique ici, mais j’ai à cœur de vous expliquer la raison de ma présence en Antarctique.

La couche d’ozone, ça vous dit quelque chose ? Oui, probablement, mais  savez-vous ce qu’il en est de son évolution ces dernières années ? Je m’adresse à un public averti, mais je me propose de vous rappeler ce qu’est exactement la couche d’ozone, ainsi que pourquoi et comment il est nécessaire de l’étudier depuis les pôles…

Tout d’abord, lorsqu’on parle de « couche » d’ozone, il s’agit d’une partie de l’atmosphère qui s’étend entre 15 et 35 km d’altitude, dans laquelle la concentration en molécules d’ozone est naturellement plus importante que dans le reste de notre atmosphère :

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La couche d’ozone – Schéma non à l’échelle

Les cellules des êtres-vivants sur Terre, peuvent être détériorées par les rayons ultra-violet émis par le Soleil. Les molécules d’ozone contenues dans cette couche nous protège de ces UV, en absorbant une partie du rayonnement.

Si on fait l’exercice de ramener l’épaisseur de cette couche à la pression au niveau du sol, on obtient une pellicule de 3 mm d’épaisseur environ…

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Et pourtant, cela suffit à nous protéger de l’action néfaste du rayonnement UV du Soleil !

Le problème, c’est que la communauté scientifique s’est aperçue depuis les années 70, qu’un phénomène cyclique de destruction de cette couche d’ozone se produisait. Tout les ans au-dessus des pôles, l’épaisseur de la couche d’ozone se réduit jusqu’à l’équivalent de moins d’un demi millimètre d’épaisseur. C’est ce qu’on appelle, « le trou de la couche d’ozone ».

Voici des images satellites datant de 2015, montrant la différence entre l’épaisseur de la couche d’ozone en hiver et en été austral. L’échelle en couleur est très visuelle : plus on tend vers du rouge, plus la concentration en ozone est élevée, plus on tend vers du bleu foncé, plus elle est faible…

Images satellite recolorées de la couche d’ozone

On observe que ce phénomène se produit uniquement au-dessus des pôles, et est plus marqué au-dessus du pôle sud qu’au pôle nord. Cela à conduit à l’étude du mécanisme de destruction de l’ozone pour comprendre son origine. On est parvenu à identifier depuis une décennie environ, que ce sont des nuages très particuliers, les « nuages stratosphériques polaires » (ou « Polar Stratospheric Clouds » soit PSC en Anglais), qui sont la clé du mécanisme.

Ces nuages se forment seulement dans la basse stratosphère (entre 10 et 30 km d’altitude) et à condition que des températures très basses soient atteintes (inférieures à – 75°C environ). Malheureusement, ils captent les molécules des gaz industriels émis par l’homme. Ces gaz ont la propriété de réagir avec l’ozone en le détruisant, lorsqu’ils sont activés par les rayonnements du Soleil.

Les nuages stratosphériques polaires accumulent et conservent ces molécules de gaz néfastes durant l’hiver. Lorsque l’été arrive, le Soleil active des réactions en chaînes entre ces gaz et l’ozone, et c’est la catastrophe…

Il est très rare d’en observer, car ils ne se forment qu’aux pôles d’une part, et parce qu’il faut être au bon endroit au bon moment de l’année. J’ai eu la chance d’en photographier un il y a quelques jours, alors je vous présente en exclusivité l’objet de tout mes tracas :

Il faut reconnaître que ce sont de très beaux nuages, mais ne nous ne laissons pas berner par leur apparence ! Ce sont les différentes molécules de gaz néfastes qu’ils transportent qui diffusent la lumière avec toute cette palette de couleurs irisées…

J’espère ne pas vous avoir perdu en cours de route, car le meilleur reste à venir. A DDU, l’épaisseur de la couche d’ozone est mesurée à distance toute l’année par un appareil au sol et une fois par mois, un ballon-sonde « d’ozosondage » est lancé dans l’atmosphère.

De plus, afin d’étudier les nuages stratosphériques polaires, une expérience scientifique utilisant un laser est installée à DDU. Le laboratoire qui m’emploie, basé à Paris, est responsable de cette expérience, il se nomme le LATMOS.

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Le laser vert de DDU ou « LIDAR » qui sonde le ciel

Mon travail consiste à mesurer avec ce laser les caractéristiques de ces nuages stratosphériques polaires, lorsqu’ils passent au-dessus de DDU…

Dans le prochain article, je vous expliquerai plus en détails en quoi cela consiste au quotidien, à grand renfort de photos de mon laboratoire et des installations que j’utilise 🙂

Ozonement,

Anne-Gaëlle.

Promenons nous, dans le froid !

Bonjour à tous !

Pour commencer, comme promis, voici la carte que l’on a réalisée à l’occasion de la Mid-Winter. Comme le veut la tradition, nous l’avons envoyée à toutes les autres bases en Antarctique, et avons reçu les leurs en échange. C’était super sympa de voir les autres équipes hivernantes, toutes nationalités confondues !

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Je vous propose aujourd’hui de faire une promenade, afin de reconstituer en photos la formation de la banquise autour de la base. En effet quand nous sommes arrivés, la base était quasiment entourée par l’eau car c’était l’été austral. On ne pouvait alors qu’imaginer à quoi ressemblerais la banquise, et avions hâte qu’elle se forme de nouveau pour pouvoir partir en balade…

En plein été, on voyait l’océan à perte de vue, parsemé d’icebergs de toutes tailles :

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Et puis, au fur et à mesure que les températures baissent, le processus de reconstitution de la banquise s’amorce. Très tôt, on voit apparaître des nervures sur l’eau :

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On doit ce joli effet aux zones d’eau qui commencent à geler. Une fine pellicule de glace se forme en surface, et en dessous l’eau liquide continue d’onduler au rythme des courants.

Ensuite les premiers »pancakes » de glace se forme dès que le vent nous laisse un peu de répit. On dirait un puzzle géant que la nature aurait placé là pour le plaisir des yeux :

Lorsqu’il fait assez froid et que l’eau est calme, de plus grandes surfaces de glace peuvent se former. Petit à petit, couche après couche, la « nouvelle glace » comme on l’appelle, gagne en épaisseur. On assiste à la naissance de la banquise, mais cela mettra encore beaucoup de temps, des mois, avant qu’elle atteigne son épaisseur maximale de l’année.

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La nouvelle glace en formation

Selon que le temps soit clément ou que les éléments se déchaînent, la glace va se fracturer et se reformer plusieurs fois d’ici le cœur de l’hiver austral. Et puis un beau jour, l’océan paraît complètement figé, prisonnier de plusieurs dizaines de centimètres de glace. Quelques chutes de neige pour saupoudrer le tout et des températures basses permettent d’obtenir une banquise solide et praticable, le bonheur !

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Au détour d’un iceberg lors de ma première sortie banquise

Je suis toute contente de pouvoir approcher les icebergs de nouveau, pendant longtemps nous avons du nous contenter de les regarder de loin… Les craquements de la glace sous mes pieds m’avait manqués !

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Je vous dit à bientôt pour la suite de l’aventure,

Hivernalement,

Anne-Gaëlle.

 

[2] Les animaux de DDU

Chers lecteurs, bonsoir !

L’hiver bat son plein sur la base de Dumont D’Urville, ici nos amis, j’ai nommé le vent, la neige et le froid, nous rendent souvent visite, impossible d’être déçu du voyage 🙂

Mes co-hivernants et moi-même nous apprêtons à passer un cap important: la moitié du temps de mission sera bientôt écoulé. A cette occasion, la plupart des bases antarctiques s’échangent des cartes de vœux personnalisées, je ne manquerai pas de partager la nôtre avec vous. Pour célébrer cet étape importante de notre hivernage, nous préparons aussi une semaine haute en couleurs, qu’on appelle la « Mid-Winter », pendant laquelle le rythme de la base est bousculé, les activités festives et en plein air mises à l’honneur !

Venons en au sujet du jour, la suite de la présentation en photo des animaux que l’on peut rencontrer aux alentours de la base. Encore une fois cette article regroupe les photos de plusieurs de mes camarades, prises sur le vif pendant leur travail ou au cours d’une balade récréative. J’en profite pour vous donner le lien du blog de Julien Vasseur, un des ornithologues de la base : http://jv-en-terre-adelie.blogspot.fr/.

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Trio d’Empereurs se réchauffant les uns aux autres

Commençons par une espèce qu’on peut qualifier d’emblématique de l’endroit : les manchots Empereurs. Leur mode de vie très spécifique, adapté à l’environnement unique dans lequel ils évoluent. Vous pouvez en apprendre d’avantage en regardant le film « La marche de l’Empereur » qui leur est consacré.

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Duo de manchots Empereurs

Ce sont des oiseaux marins, très agiles dans l’eau dans laquelle ils vont se nourrir en parcourant de grandes distances sur la banquise. Sur terre par contre, il faut bien admettre qu’ils sont plus…patauds, leur démarche caractéristique est inoubliable: ils se balancent d’une patte sur l’autre en traînant péniblement leur gros ventre. Ce qui contraste avec leur port de tête majestueux, ces animaux énigmatiques ont finalement beaucoup d’allure :

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Le plumage fascinant d’un manchot Empereur

Passons à l’espèce suivante,  et pas la moindre, le  Skua Antarctique ! Ces oiseaux opportunistes  se nourrissent de toute viande fraîche, ou pas d’ailleurs, à portée de bec… Leur plumage est composé d’un dégradé de marrons avec des zones blanches sur les ailes. Ci-dessous vous pouvez voir un Skua qui vient d’attraper un poussin de manchot Adélie pour son goûter :

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Un Skua emportant son butin

Ce sont des oiseaux à l’air renfrogné, ils défendent ardemment leur territoire, en becquetant les passants s’il le faut ! Ils quittent la base en début d’hiver austral faute de  nourriture suffisante.

Lorsqu’ils sont encore poussins, on ne se doute presque de rien, avec leur duvet tout doux, ils ont  l’air plutôt innocents :

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Un poussin Skua duveteux

Viens le tour des Pétrels des neiges, oiseaux assez petits, au plumage d’un blanc immaculé, contrastant avec leurs pattes et becs noirs. Ils nichent un peu partout dans les collines de cailloux entourant la base durant l’été austral.

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Couple de Pétrels de neiges

Les petits Wilsons font partis de mes préférés, ils sont tout foncés à l’exception d’une bande blanche sur l’arrière-train :

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Photo de Clément Cornec

Les Fulmars antarctiques ont eux élus domicile dans une falaise tout près de la base, où ils ont eu leurs poussins en début d’hiver. Depuis ils ont quittés les abords de la base, comme tout les autres oiseaux à part les manchots Empereurs d’ailleurs.

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Un Fulmar bec ouvert

Les Damiers du cap: leur plumage fait l’effet d’un damier noir et blanc au niveau des ailes, c’est vraiment beau, la preuve !

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D’une toute autre échelle de taille,  les Pétrels géants antarctiques, carnivores, d’envergure pouvant atteindre environ les 2 mètres. Il est rare d’en apercevoir, car ils nichent assez loin de la base et sont peu nombreux.

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Pétrel géant qui se repose

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Pétrel géant en vol

On enchaîne sur les mammifères marins : je vous présente ces messieurs dames les phoques de Weddell. Ils ont vraiment une bouille adorable n’est ce pas ? Après s’être nourrit en mer, ils viennent se reposer sur la banquise derrière la base. On peut alors voir les trous qu’ils empruntent pour entrer et sortir par la glace, et faire attention à ne pas mettre le pied dedans !

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Ce grassouillet phoque de Weddell vous salut !

Et enfin, quasiment au sommet de la chaîne alimentaire du coin, le fameux Léopard des mers ! Rien qu’à son nom on sait à quoi s’en tenir, ce terrible prédateur des environs se nourrit de krill, de poissons et aussi parfois de manchots et de phoques. Pour ce faire il les déchiquette à grand renfort de secousses une fois la proie entre ses dents, un spectacle impressionnant.

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Il à l’air d’avoir un petit creux non ?

Je vous laisse en espérant que ces photos uniques vous plaisent autant qu’à moi 🙂

Encore une chose, voici un lien vers le blog officiel de notre district, tenu par notre chef de base, un article comprenant de nombreuses photos de nos bâtiments de vie vient d’être posté : http://terreadelie-antarctique.blogspot.fr/. Vous y trouverez en prime la description de plusieurs métiers exercés sur la base !

Hivernalement,

Anne-Gaëlle.

 

Les nuits australes

Amis du pôle sud, bonjour !

C’est dans la joie, la bonne humeur et le blizzard avec des rafales à 200 km/h que je vous retrouve. J’avais vraiment hâte de partager avec vous les plus belles photos des nuits australes de ce début d’hivernage. Dans cet article, je vous présente en majorité des photos prises par mes co-hivernants. Ils ont une plus grande expérience que moi des subtilités de la photo de nuit !

En ce moment, les nuits s’allongent inexorablement, et nous offrent un spectacle fascinant et émouvant. Réussir à les immortaliser demande de l’entraînement, une bonne connaissance de son matériel photo et des réglages qui donneront un rendu réaliste. Bien sur, c’est seulement lorsque les éléments nous le permettent… Or, les mois de mars et avril sont ceux pendant lesquels il y a le plus souvent des vents forts et des chutes de neige importantes.

Aussi lorsque les conditions sont réunies, nombreux sont ceux qui se préparent pour une longue soirée de photographie. Ce qui demande d’être franchement bien couvert, le ressenti la nuit étant proche de -40°C. Lorsque l’on prend des photos, on est très statique et ce sur une longue période, on a alors rapidement froids aux extrémités, même si on est bien équipé !

Pour ma part, je commence à me familiariser avec mon boitier Olympus OM-D E-M10. Avec les conseils de mes camarades, j’ai réussi à prendre mes premières photos d’une partie de la voûte céleste :

 

Je suis plutôt contente du résultat, car il est très proche de ce que l’on voit à l’œil nu ici. Mais ce n’est qu’une petite partie du ciel et je vous préviens, ce n’est rien en comparaison des performances des mes collègues !

Voici quelques jolies photos du ciel austral, qui semble irréel et enchanté (le rayon vert que vous voyez est le LASER dont je m’occupe, instrument du programme scientifique « Ozone polaire » de l’IPEV, pour lequel je travaille) :

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Il faut être conscient que sur ces photos, les réglages choisis par le photographe accentuent les tons bleus-violets. A l’œil nu, on voit un ciel noir avec des étoiles blanches, bleutées et orangées à la limite. Quand à la voie lactée, que l’on voit parfaitement et aussi bien que possible depuis la Terre, je dirais qu’elle est blanchâtre, et non bleutée ou dorée comme sur certaines photos.

Les capteurs des appareils photos sont en fait capables de voir un spectre de couleurs plus large que nous. De plus, les réglages photographiques permettent d’accentuer certaines couleurs et de faire apparaître des phénomènes lumineux que l’on ne voit pas à l’œil humain ! Dans les deuxième et troisième photos ci-dessus, vous pouvez voir de légères aurores australes. Dite vous bien que c’est parce que le temps d’exposition du capteur était important, ce qui permet de faire apparaître sur ces photos des éléments  que l’on  ne voyait pas en la prenant.

Maintenant que cela est mis au clair, je peux vous montrer la suite des photos, sachant que vous êtes des spectateurs avertis !

Voici les aurores australes les plus majestueuses et intenses que l’on ai observé ici, jusqu’à maintenant :

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Celle de la première photo à eu lieu courant mi-mars, et se voyait à peu près comme la seconde à l’œil nu. C’est à dire moins intensément, avec pas mal de vert et un peu de rose-doré parfois. La seconde à eu lieu quelques jours plus tard, se voyait à peine et paraissait blanchâtre. Cette dernière était moins intense, et dans ce cas, on ne distingue pas les couleurs de l’aurore, seulement une légère lueur blanche dans le ciel.

Question dynamique, il faut aussi que l’aurore soit intense pour la voir bouger. Le drapé lumineux ondule alors légèrement, et les colonnes les plus lumineuses scintillent en montant et descendant  🙂

Les aurores, qu’elles soient boréales ou australes, sont le résultat visible d’un phénomène physique, les tempêtes magnétiques solaires. De façon épisodique, le soleil émet un flot de particules chargées qui atteignent entre dans notre atmosphère au niveau des pôles. Ces particules réagissent avec certains éléments dont l’atmosphère est composé, il y a alors émission de lueurs colorées…

Une dernière avec un coucher de soleil en prime…

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Pour finir, je vous laisse avec un autre coucher de soleil splendide, caché derrière un voile nuageux. Je trouve que la photo est prise juste au bon moment, lorsqu’il fait suffisamment nuit pour que quelques étoiles apparaissent et alors que le soleil n’est pas encore complètement parti…

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A bientôt tout le monde,

Aurore-Australement,

Anne-Gaëlle.

Au fil de l’eau

Bonjour à tous !

Je vous retrouve aujourd’hui pour faire une balade au fil de l’eau glacée antarctique 🙂 Avant tout, je voudrais particulièrement remercier mes amis plongeurs de l’équipe scientifique « Révolta » : Erwan, Laurent et Julien. Ils m’ont permis d’aller voir ces icebergs de près et de pouvoir prendre ces belles photos pour vous.

Quittons la base en zodiac avec eux pour aller voir le paysage qui entoure la base :

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DDU vue depuis l’eau

Regarder ce petit cailloux ou nous allons vivre tout l’hiver depuis l’eau est magique. En effet, DDU est un ensemble de bâtiments nichés sur l’île des Pétrels, à quelques kilomètre du continent Antarctique. En hiver, la banquise emprisonne l’île et nous relie au continent, les possibilités de balades sur la banquise sont infinies. En été, la banquise fond autour de l’île et le périmètre de déplacement à pied est alors plutôt restreint. Mais cela nous laisse la possibilité d’explorer les environs en naviguant !

Voici un des icebergs les plus proches de la base, qu’on appelle ici « Le Chou-Fleur ». Il est seulement à quelques minutes en zodiac de la base. En s’approchant, on s’aperçoit qu’en fait il est scindé en deux bergs distincts : un sur notre gauche en forme de meringue, et l’autre à droite plus plat et allongé. Passons entre les deux pour le plaisir des yeux  🙂

L’iceberg de droite se reflète parfaitement dans l’eau pure et glacée :

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Trouvez l’intrus ! 🙂 C’est un petit manchot Adélie curieux qui vient nous saluer…

Celui de gauche est tout aussi éblouissant, les dégradés de bleus qui m’entourent vont du sombre et profond au turquoise pétillant. Ce spectacle est à la fois réjouissant et apaisant, dans un silence total, seulement interrompu par le vent qui s’engouffre entre les icebergs et les clapotis de l’eau sur la glace. Nous sommes très chanceux d’être ici, il n’y a pas de doute !

Autour des bergs il y a notamment des amas de glaces, qui viennent du « Glacier de l’Astrolabe » tout proche, et qui se déversent régulièrement dans l’océan.

En faisant le tour de cet iceberg en forme de meringue, on passe du côté de la face ensoleillée. On peut alors voir à la base du berg sa partie émergée, son reflet dans l’eau et sa partie immergée (photo de gauche ci-dessous). L’eau entourant l’iceberg à cet endroit est bleue turquoise, et n’as rien à envier aux eaux des îles paradisiaques du reste du monde…

J’arrive en fin d’article encore une fois, et le prochain est pour très bientôt c’est promis !

Sachez que les photos précédentes ont été prises en plein été austral, il y à deux mois environ. Actuellement nous entrons dans l’hiver austral, et le temps est plus au blizzard et à la neige ^^. La  banquise commence à se reformer autour de la base et nous allons pouvoir nous déplacer dessus prochainement :

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La banquise se reforme doucement

Vous pouvez voir sur cette photo que ces derniers jours,  la glace se forme peu à peu en surface de l’eau. La glace recouvrira bientôt l’océan jusqu’à perte de vue !

Je vous dit à très vite amis lecteurs,

Iceberguement,

Anne-Gaëlle.

 

Les lueurs du soir

Bonsoir tout le monde !

Je suis très contente de vous retrouver en ce début d’hiver austral sur la base de Dumont D’Urville. Nous approchons du moment fatidique, les derniers « campagnards d’été » comme on les appelle ici, vont s’en aller. En effet, nombreux sont ceux qui viennent travailler à DDU le temps d’un été austral, de novembre à février, pour la campagne d’été.

Elle laisse place à l’hivernage, de mars à septembre, pour ceux qui ont décidés de tenter l’aventure !

Pour aujourd’hui, je vous ai préparé un article haut en couleur. Depuis trois mois (déjà ohlala) que je suis ici, cela fait un mois environ que le soleil se couche suffisamment bas pour qu’apparaissent…les lueurs du soir. Je dirais que je n’avais jamais vu d’aussi belles couleurs au coucher du soleil qu’ici, sauf peut-être en Suède !

Au début, les couleurs étaient plutôt dans les bleus et roses pastels :

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Les premières lueurs du soir

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Les premières lueurs du soir

 

Ce qui était très joli à voir avec le bateau à quai, et les Pétrels des neiges virevoltant autour de la base.

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L’Astrolabe au crépuscule

 

Et puis un soir de pleine lune, on a bien cru que la lune, toute rose, allait tomber dans l’océan, juste là derrière un iceberg :

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Mais heureusement, elle ne faisait que son tour habituel autour de la Terre  🙂

Ensuite les couleurs ont commencées à devenir franchement plus intenses :

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Ce qui fait qu’elles ont finies par déteindre sur l’océan, si si je vous le jure !

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Contrairement à moi qui était fascinée, les icebergs eux, sont restés de glace devant ce spectacle… 🙂

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Les nuits se font de plus en plus sombres maintenant, et j’attend avec impatience de prendre les étoiles en photo… En attendant, je suis le chemin lumineux des passerelles de DDU pour aller me coucher :

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Et je vous laisse en me disant que les manchots Adélie et moi-même avons bien choisi notre endroit pour élire domicile ! Les voici qui dorment paisiblement au crépuscule…

Lumineusement,

à bientôt,

Anne-Gaëlle.

[1] Les animaux de DDU

Bonjour chers lecteurs !

Comme vous devez le savoir, il y a des animaux mythiques qui vivent en Antarctique… Aujourd’hui je vais vous présenter ceux que l’on croise le plus souvent lorsqu’on habite à DDU : les manchots Adélie ! Ils portent le nom de l’endroit où ils nichent, la Terre-Adélie. C’est le territoire français Antarctique, nommée ainsi par le fameux Amiral Dumont D’Urville en l’honneur de sa femme, lorsque lui et son équipage accostèrent pour la première fois sur cette partie de l’Antarctique…

Les manchots Adélie

On commence par eux car pour le moment, c’est l’espèce que l’on rencontre le plus souvent aux alentours de la base. Comme vous pouvez le voir sur la photo de droite ci-dessous, ils sont regroupés sur le granit, par colonie, ou ils sont venus se reproduire et nicher. Il y en a vraiment à perte de vue !

Je peux vous dire qu’ils sont franchement marrant et attachant. On les voit toute la journée se balader en file indienne (une file blanche de face, une file noire de dos 🙂 ) pour aller se laver dans l’océan et manger du poisson. En revenant ils nourrissent leurs poussins, qui du coup grossissent très rapidement :

Par contre il faut admettre qu’ils ne sentent pas très bon… Ce sont des oiseaux marins sauvages, et ils font leur besoins directement dans leur nid de pierre. Sachant que tout les nids sont collés les uns aux autres, les colonies et les oiseaux sont pleins d’excréments. Ils se lavent régulièrement dans l’eau mais vous pouvez voir sur les photos que les nids restent très sales !

Comme je vous le disait ils ont des attitudes très marrantes. Ils se chamaillent souvent pour les petits cailloux qui constituent leurs nids. Glissent sur le ventre au lieu de marcher pour aller plus vite, parfois ont dirait qu’ils font du toboggan dans les pentes 🙂

Les Adélie vivent vraiment au plus près de nous lorsqu’ils sont « sur terre ». Les voici qui accueillent l’Astrolabe lors de son arrivée à la rotation R2 :

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L’Astrolabe à quai face aux manchots Adélie

Ils passent une bonne partie de leur temps à jouer dans l’eau et a se prélasser sur des morceaux de glace à la dérive. Mais gare à eux si un orque ou un léopard de mer venait à les repérés…

Vous pouvez voir sur la photo qui suit que nous arrivons à la fin de l’été austral à DDU. La débâcle naturelle de la banquise va bon train ! Tout les étés, la glace se brise en morceaux et dérive avant de se reformer au début de l’hiver, seulement deux mois plus tard. Elle emmène souvent quelques manchots Adélie au passage, les rapprochant de leur garde-manger qu’est l’océan, c’est toujours ça de moins à marcher pour eux !

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La débâcle à DDU fait le bonheur des manchots

Voilà j’espère vous avoir fait partager les principaux moments de la vie des manchots Adélie ici 🙂 D’autres animaux viendront dans les futurs articles. Comme dirait ce sympathique manchot Adélie (s’il le pouvait) : à plus la compagnie !

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GoodBye All !

Manchotement,

Anne-Gaëlle.

Une journée à DDU

Amis du pôle sud de la Terre, bonsoir !

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas posté un article. Je m’en excuse, le rythme de vie sur la base ne m’as pas laissé le temps d’écrire récemment ! Et puis les fêtes de fin d’année étant passées par là…

Il n’empêche que je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2016 !

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Certains d’entre vous ( très chanceux ) recevrons « bientôt » une lettre pour l’occasion 🙂 N’hésitez pas à m’envoyer un mail avec votre adresse postale ( en France ou ailleurs ) si vous aimeriez recevoir une missive des contrées Antarctiques.

Pour me racheter une conduite, je vous ai préparé plusieurs articles dans la foulée… Le premier sur les bâtiments principaux de la base, ceux qu’on traverse forcément lors d’une journée classique à DDU 🙂 Dans celui qui suivra, je vous parlerai des animaux avec lesquels on vit ici et qui font partis de notre quotidien. Enfin je pense vous ravir les yeux avec un prochain article rassemblant des photos des mes premiers couchers de soleil  en Antarctique…

Pour aujourd’hui, faisons un tour de la base ensemble. On commence par le dortoir des hivernants ci-dessous, qui nous abritera du froid et du vent pour l’année à venir. Il peut accueillir une cinquantaine de personnes environ, dans des chambres doubles, qui deviennent individuelles à la fin de l’été austral.

Personnellement j’y dort très bien, et en plus on à une vue imprenable sur la mer en été et la banquise en hiver depuis ma chambre :

Lorsqu’on se réveille pour aller au petit-déjeuner (entre 6h et 8h), on emprunte une des nombreuses passerelles métalliques qui relient les bâtiments principaux de la base. Voici le chemin le plus court pour aller du dortoir au séjour  :

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Passerelle dortoir-séjour

Le réfectoire est spacieux, et la salle détente/jeux attenante contient un billard, un baby et une bibliothèque régulièrement approvisionnée.

 Ensuite chacun rejoint le bâtiment ou il travaille pour la matinée, dans mon cas il s’agit du laboratoire de géophysique pour l’instant. L’électronicien et l’informaticien travaillent dans le même bureau que moi, qui est très grand.

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Laboratoire géophysique

Vers midi, tout le monde se retrouve au séjour pour le déjeuner et le café. C’est le moment privilégié pour échanger avec tout le monde avant de se re-dispatcher pour l’après midi 🙂

Je m’arrête ici car je suis limitée en nombre de photos par article. Je vous retrouve bientôt pour la suite de cette journée à DDU ensemble ! J’ai encore pleins de photos en réserve pour vous,

Dumont D’Urvillement,

Anne-Gaëlle.

Article Pilote

Bonjour à tous, voici venu le grand jour du premier article 🙂

Vous devez vous demander ce que vais faire au bout du monde pendant 1 an, par – 30°C, avec 7 mois de nuit presque totale ! Je vais vous expliquer tout ça au fil de mes articles, en commençant par vous présenter les principaux acteurs de cette formidable aventure qui commence.

J’ai l’honneur de vous présenter tous les hivernants de l’institut polaire français ( l’IPEV ) pour l’année 2016. Nous allons tous hiverner dans les différentes Terres Australes et Antarctiques Françaises ( les TAAF ) : les îles de Kerguelen, Crozet et Amsterdam dans l’océan indien, ainsi que les bases de Dumont D’Urville (DDU) et Concordia ( ou Dôme C ) sur le continent Antarctique !

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Hivernants 2016 au complet (Copyright InstitutPolaireFrancaisIPEV)

Pour ma part, je vais hiverner à DDU en compagnie d’une vingtaine d’autres collègues cette année. Un hivernage, c’est une période d’un an que l’on passe sur une base, pour assurer le suivi des missions scientifiques en cours. Pour cela, une équipe d’hivernants est sélectionnée chaque année par l’institut polaire français. Une multitude de métiers sont représentés : menuisier, pâtissier, plombier, électricien, mécanicien du côté des techniques par exemple ainsi que glaciologue, écologue, ornithologue, chimiste, biologiste et physicien du coté des scientifiques. Voici donc les hivernants de la TA66, soit la 66 éme mission en Terre-Adélie :

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Hivernants DDU 2016 ( Copyright InstitutPolaireFrancaisIPEV )

Tout ce joyeux monde va travailler de concert pour garantir un hivernage réussi et en toute sécurité à tout le monde. LE maître mot sur base : sécurité. Eh oui, le premier hôpital est à ….  plusieurs jours de voyage en été, et inatteignable en hiver ! C’est pour cela que chacun d’entre nous va être formé, dès les premières semaines sur base,  à un poste supplémentaire lié à la sécurité. Nous aurons le choix entre la formation de pompier, de brancardier ou de paramédical, ça promet !

La préparation au départ est une part importante de l’aventure, c’est pourquoi mon prochain article relatera les grandes étapes de cette phase clé : le séminaire des hivernants, les formations pré-départ et la logistique du voyage vers les bases.

J’espère vous avoir mis l’eau à la bouche pour la suite, le prochain article est pour très bientôt !

Antarctiquement vôtre,

Anne-Gaëlle.