[II] A DDU, on surveille la couche d’ozone

Salut à tous !

On se retrouve alors que la fin de l’hivernage approche pour nous, le premier bateau est prévu pour début novembre. En attendant la fin de notre isolement, on croirait que le temps est suspendu ici, parfois il nous semble que ces 8 derniers mois sont passés en un éclair et parfois, en une éternité !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Au milieu de nulle part : DDU.

En tout cas je trouve enfin le temps de vous rédiger cet article promis depuis longtemps. Vous aurez ainsi un aperçu de mon quotidien et de la nature de mon travail à DDU. Cet article est complémentaire au précédent, prenez le temps de le relire si nécessaire !

Mon quotidien :

Tous les jours, je commence par … regarder les prévisions météo de la nuit à venir. En effet, les mesures de surveillance des PSC ne peuvent se faire que lorsque le ciel est complètement dégagé. La raison est simple, nous souhaitons étudier des nuages qui se trouvent à des hautes altitudes, alors tous ceux qui sont en dessous nous empêchent de « voir » correctement les PSC.

D’autre part l’instrument que j’utilise, un LIDAR (LIght Detection And Ranging) atmosphérique, s’utilise uniquement de nuit (voir le paragraphe sur ci-dessous concernant la réception). Vous pouvez considérer qu’il s’agit d’un RADAR mais qui utilise de la lumière. Il existe beaucoup d’autres applications de cet instrument, que vous pouvez facilement trouver sur internet.

Plan de la base :

mg_8189

Ensuite, si les conditions le permettent je me rends au bien nommé « Shelter Lidar », qui abrite ma salle de manip. Sinon je travaille au bureau sur l’analyse des données LIDAR récoltées ces dernières années.

Le shelter vu de dehors :

Et à l’intérieur :

J’allume alors les équipements de mesure et je lance les logiciels de surveillance des données. Tout au long de la nuit ( entre 2h et 14h selon l’époque de l’année ), je surveille l’évolution des mesures et je vérifie qu’elles sont correctes. En parallèle je peux continuer mon travail de bureau, quand tout va bien, le LIDAR fonctionne sans mon intervention ! Régulièrement, les conditions météos se dégradent et je dois interrompre les mesures, et parfois, des incidents techniques peuvent survenir…

Comment fonctionne le LIDAR ?

L’instrument est divisé en deux blocs distincts : la partie dite d’émission, et celle de réception.

L’émission est assurée par un laser vert, qui traverse les différentes couches de l’atmosphère jusqu’à celles qui nous intéressent, entre 15 et 30 km d’altitude. Cette lumière monochrome, puissante et uni-directive à la propriété d’interagir avec les particules présentes dans l’atmosphère. Lors de ces interactions, les particules nous renvoient au sol un signal lumineux qui est différent selon les propriétés de la particule.

Le laser sur le banc de manip :

A la réception, un télescope concentre la lumière renvoyées par les particules avec lesquelles le laser à interagi. Il l’envoie ensuite à un ensemble de détecteurs et à des ordinateurs qui permettent la visualisation et l’interprétation des mesures en temps réel. Les détecteurs utilisés sont sensibles à de très faibles quantités de lumière, s’ils sont sur-éclairés, ils sont rapidement hors-service. Donc les mesures n’ont lieu que de nuit, et tant mieux car ici elles sont très belles !

Le télescope

La sortie du laser et l’entrée du télescope se font par des ouvertures dans le toit du shelter, protégées par des trappes. Nous récupérons ainsi plusieurs types d’informations sur les particules de polluants atmosphériques :

  • l’altitude à laquelle se trouvent les particules.
  • les propriétés de taille et de forme des particules.
OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Les trappes sur le toit du shelter

 Le métier de LIDARiste à DDU

Le poste de LIDARiste (ou encore d’opto-électronicien), est une mission d’instrumentation scientifique d’un an, dans les domaines de l’optique et de l’électronique.  Il s’agit d’un poste de type « Volontaire Service Civique », les mesures s’effectuant de nuit, le LIDARiste travaille avec un rythme biologique opposé à celui du reste de la base pendant l’hiver. Ce poste a pour vocation d’assurer la récupération et le traitement de données climatiques cohérentes sur plusieurs dizaines d’années. Le laboratoire de recherche qui mène les activités LIDAR à DDU s’appelle le LATMOS (Laboratoire de l’Atmosphère et d’Observation Spatiale). La station LIDAR de DDU appartient à un réseau de mesures atmosphériques mondial, regroupé sous l’acronyme NDACC (Network for the Detection of Atmospheric Composition Change).

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Sortie du laser lors d’une nuit de mesure 

 

A bientôt pour un article plus ensoleillé j’espère,

LIDARement,

Anne-Gaëlle.

 

Publicités

Les lueurs du soir

Bonsoir tout le monde !

Je suis très contente de vous retrouver en ce début d’hiver austral sur la base de Dumont D’Urville. Nous approchons du moment fatidique, les derniers « campagnards d’été » comme on les appelle ici, vont s’en aller. En effet, nombreux sont ceux qui viennent travailler à DDU le temps d’un été austral, de novembre à février, pour la campagne d’été.

Elle laisse place à l’hivernage, de mars à septembre, pour ceux qui ont décidés de tenter l’aventure !

Pour aujourd’hui, je vous ai préparé un article haut en couleur. Depuis trois mois (déjà ohlala) que je suis ici, cela fait un mois environ que le soleil se couche suffisamment bas pour qu’apparaissent…les lueurs du soir. Je dirais que je n’avais jamais vu d’aussi belles couleurs au coucher du soleil qu’ici, sauf peut-être en Suède !

Au début, les couleurs étaient plutôt dans les bleus et roses pastels :

DSC_0024 - copie

Les premières lueurs du soir

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Les premières lueurs du soir

 

Ce qui était très joli à voir avec le bateau à quai, et les Pétrels des neiges virevoltant autour de la base.

DSCF9497 - copie

L’Astrolabe au crépuscule

 

Et puis un soir de pleine lune, on a bien cru que la lune, toute rose, allait tomber dans l’océan, juste là derrière un iceberg :

DSC_0020 - copie

Mais heureusement, elle ne faisait que son tour habituel autour de la Terre  🙂

Ensuite les couleurs ont commencées à devenir franchement plus intenses :

DSC_0308 - copie

Ce qui fait qu’elles ont finies par déteindre sur l’océan, si si je vous le jure !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

DSC_0310 - copie 2

Contrairement à moi qui était fascinée, les icebergs eux, sont restés de glace devant ce spectacle… 🙂

DSC_0304 - copie

Les nuits se font de plus en plus sombres maintenant, et j’attend avec impatience de prendre les étoiles en photo… En attendant, je suis le chemin lumineux des passerelles de DDU pour aller me coucher :

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Et je vous laisse en me disant que les manchots Adélie et moi-même avons bien choisi notre endroit pour élire domicile ! Les voici qui dorment paisiblement au crépuscule…

Lumineusement,

à bientôt,

Anne-Gaëlle.

Une journée à DDU – la suite

Alors comme promis, nous continuons notre visite de la base en photo !

J’ai deux bureaux sur la base ( la chance ! ), le premier ci-dessous, auquel je travaille actuellement, dans le bâtiment dit « GéoPhy ». Comme vous pouvez le voir les installations sont modernes et on travaille dans les mêmes conditions qu’en métropole.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Bureau Lidar au labo géophysique

Mon deuxième bureau est plus excentré, il s’agit de « l’abri Lidar », dans lequel je ferais mes mesures optiques durant les longues nuits d’hiver. Je vous ferai bien sur un article sur le travail que je suis venue faire ici, avec des photos de l’abri et des mes instruments ( laser et télescope ) éventuellement 🙂

Parmi les bâtiments incontournables de la base, il y a :

La gérance postale, qui  permet d’envoyer et recevoir des lettres et colis du monde entier. Tout le monde aime s’y rendre régulièrement pour acheter des enveloppes, des cartes et des timbres uniques, qu’on ne trouve qu’ici ! Les tampons postaux personnalisés chaque année font aussi fureur 🙂

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Gérance Postale de DDU

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le « Post-Office »

La centrale électrique, qui alimente toute la base en énergie grâce au fioul apporté par bateau.  Ici la consommation électrique ( comme celle de l’eau d’ailleurs ) est surveillée en permanence, des alarmes retentissent régulièrement pour signaler la moindre anomalie dans le réseau. De plus il y a toujours quelqu’un de garde à la centrale, de jour comme de nuit…

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Organe vital : la centrale électrique

Enfin les hangars à vivres, qui contiennent les réserves de nourritures congelées, au sec, ou simplement conservées à +4°C.  La diversité et la quantité de vivres stockés sont impressionnantes. Il paraît qu’on peut tenir deux ans avec au cas ou on manquerait des ravitaillements 😉

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Les hangars à vivres

Lorsque l’on à fini son après midi de travail, on se rejoint vers 18h au séjour pour prendre un verre et/ou discuter en attendant le dîner qui est à 19h. Après le repas, il n’est pas rare que l’on joue a des jeux de société au salon, ou qu’une activité soient mise en place. Par exemple une fois par semaine nous avons un cours de danse Folk au son de la cornemuse de notre ami le menuisier. On projette régulièrement des films sur un grand écran dans le salon, ou bien des équipes scientifiques font des présentations sur leur travail en Antarctique. On ne s’ennuie donc pas à DDU !

De retour au dortoir pour la nuit, on ne manque pas de saluer notre médecin et notre chef de District (dit « Le Dista ») au passage. Voici l’infirmerie et l’hôpital ci-dessous, ainsi que le bureau du chef de District :

Eh bien voilà, je pense en avoir fini pour la visite des endroits dans lesquels je vais le plus souvent. Bien sur il y a d’autres laboratoires et bâtiments répartis sur la base : celui des ornithologues, des glaciologues, du personnel technique… Je vous les présenterai surement dans l’année, pour l’instant je ne m’y rend qu’occasionnellement !

Pour finir j’aimerai rendre hommage à mes amis campagnards d’été et hivernants de la TA65, qui ont pris l’Astrolabe pour rentrer il y à deux jours. Ils voguent maintenant vers de nouveaux horizons et nous manquerons beaucoup. Partager cette campagne d’été avec vous a été un grand bonheur 🙂

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

L’Astrolabe et ses occupants nous quitte

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Deux hivernants perchés font leurs adieux !

Toujours Dumont D’Urvillement,

à bientôt,

Anne-Gaëlle.

Une journée à DDU

Amis du pôle sud de la Terre, bonsoir !

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas posté un article. Je m’en excuse, le rythme de vie sur la base ne m’as pas laissé le temps d’écrire récemment ! Et puis les fêtes de fin d’année étant passées par là…

Il n’empêche que je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2016 !

VoeuxDDU2016_reduite

Certains d’entre vous ( très chanceux ) recevrons « bientôt » une lettre pour l’occasion 🙂 N’hésitez pas à m’envoyer un mail avec votre adresse postale ( en France ou ailleurs ) si vous aimeriez recevoir une missive des contrées Antarctiques.

Pour me racheter une conduite, je vous ai préparé plusieurs articles dans la foulée… Le premier sur les bâtiments principaux de la base, ceux qu’on traverse forcément lors d’une journée classique à DDU 🙂 Dans celui qui suivra, je vous parlerai des animaux avec lesquels on vit ici et qui font partis de notre quotidien. Enfin je pense vous ravir les yeux avec un prochain article rassemblant des photos des mes premiers couchers de soleil  en Antarctique…

Pour aujourd’hui, faisons un tour de la base ensemble. On commence par le dortoir des hivernants ci-dessous, qui nous abritera du froid et du vent pour l’année à venir. Il peut accueillir une cinquantaine de personnes environ, dans des chambres doubles, qui deviennent individuelles à la fin de l’été austral.

Personnellement j’y dort très bien, et en plus on à une vue imprenable sur la mer en été et la banquise en hiver depuis ma chambre :

Lorsqu’on se réveille pour aller au petit-déjeuner (entre 6h et 8h), on emprunte une des nombreuses passerelles métalliques qui relient les bâtiments principaux de la base. Voici le chemin le plus court pour aller du dortoir au séjour  :

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Passerelle dortoir-séjour

Le réfectoire est spacieux, et la salle détente/jeux attenante contient un billard, un baby et une bibliothèque régulièrement approvisionnée.

 Ensuite chacun rejoint le bâtiment ou il travaille pour la matinée, dans mon cas il s’agit du laboratoire de géophysique pour l’instant. L’électronicien et l’informaticien travaillent dans le même bureau que moi, qui est très grand.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Laboratoire géophysique

Vers midi, tout le monde se retrouve au séjour pour le déjeuner et le café. C’est le moment privilégié pour échanger avec tout le monde avant de se re-dispatcher pour l’après midi 🙂

Je m’arrête ici car je suis limitée en nombre de photos par article. Je vous retrouve bientôt pour la suite de cette journée à DDU ensemble ! J’ai encore pleins de photos en réserve pour vous,

Dumont D’Urvillement,

Anne-Gaëlle.

Article Pilote

Bonjour à tous, voici venu le grand jour du premier article 🙂

Vous devez vous demander ce que vais faire au bout du monde pendant 1 an, par – 30°C, avec 7 mois de nuit presque totale ! Je vais vous expliquer tout ça au fil de mes articles, en commençant par vous présenter les principaux acteurs de cette formidable aventure qui commence.

J’ai l’honneur de vous présenter tous les hivernants de l’institut polaire français ( l’IPEV ) pour l’année 2016. Nous allons tous hiverner dans les différentes Terres Australes et Antarctiques Françaises ( les TAAF ) : les îles de Kerguelen, Crozet et Amsterdam dans l’océan indien, ainsi que les bases de Dumont D’Urville (DDU) et Concordia ( ou Dôme C ) sur le continent Antarctique !

HivernantIPEV2015-2016-1024x683

Hivernants 2016 au complet (Copyright InstitutPolaireFrancaisIPEV)

Pour ma part, je vais hiverner à DDU en compagnie d’une vingtaine d’autres collègues cette année. Un hivernage, c’est une période d’un an que l’on passe sur une base, pour assurer le suivi des missions scientifiques en cours. Pour cela, une équipe d’hivernants est sélectionnée chaque année par l’institut polaire français. Une multitude de métiers sont représentés : menuisier, pâtissier, plombier, électricien, mécanicien du côté des techniques par exemple ainsi que glaciologue, écologue, ornithologue, chimiste, biologiste et physicien du coté des scientifiques. Voici donc les hivernants de la TA66, soit la 66 éme mission en Terre-Adélie :

TA66-HivernantIPEV2015-2016-1024x683

Hivernants DDU 2016 ( Copyright InstitutPolaireFrancaisIPEV )

Tout ce joyeux monde va travailler de concert pour garantir un hivernage réussi et en toute sécurité à tout le monde. LE maître mot sur base : sécurité. Eh oui, le premier hôpital est à ….  plusieurs jours de voyage en été, et inatteignable en hiver ! C’est pour cela que chacun d’entre nous va être formé, dès les premières semaines sur base,  à un poste supplémentaire lié à la sécurité. Nous aurons le choix entre la formation de pompier, de brancardier ou de paramédical, ça promet !

La préparation au départ est une part importante de l’aventure, c’est pourquoi mon prochain article relatera les grandes étapes de cette phase clé : le séminaire des hivernants, les formations pré-départ et la logistique du voyage vers les bases.

J’espère vous avoir mis l’eau à la bouche pour la suite, le prochain article est pour très bientôt !

Antarctiquement vôtre,

Anne-Gaëlle.